mardi 29 juillet 2008

Déambulation nocturne


Mon sang était en révolte, il bouillonnait.
J’arpentais les rues sombres du Marais aux pavés glissant, scrutant l’obscurité des impasses et des portes cochères, prêtant avidement l’oreille à tous les sons, à tous les murmures.
Je me sentais comme un fauve privé de sa proie ; il me fallait pêcher avec une autre personne de mon espèce, forcer un homme et m'abandonner avec lui.
Soudain, je perçus comme une sombre présence, subtile et enivrante qui ne me lâchait pas. Son murmure lancinant obsédait mes oreilles.
Une sensation étrange pénétrait mon être.
Mes mains se crispaient convulsivement, les amphets explosaient mon cerveau et mes dents se serraient tandis que le désir me brulait.
Là, dans la rue, je tendis les bras pour saisir cette silhouette qui se dérobait et qui m’attirait.

Enfin, le cri que j’avais si longtemps tu, étouffé dans ma gorge, sortait de mes lèvres.
Ce hurlement s’arracha de moi comme jadis, l’ange déchu remonta des enfers. Puis il expira en un abandon de tout mon corps.
Alors, je réalisais que ce cri n’était rien que la répétition de ce tag obscène que je venais de lire sur la paroi suintante de l’urinoir.

Je restais seul, immobile au milieu de la chaussée, mon cœur tambourinant dans ma poitrine, espérant enfin le réveil salvateur.

Mais rien.
Et ces vers de Baudelaire qui me harcelaient :
« Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !
»